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La fourrure : le nouveau pacificateur de l'Amérique ?

          Par Brenda Shoss
         
         

En  janvier,  j'ai  vu  la pièce de Broadway « Les producteurs » à l'élégant théâtre  Fox  de  St  Louis.  J'ai  également vu assez d'animaux morts pour remplir  une  forêt. Des visons descendant jusqu'aux chevilles, des renards roux  et  brillants  et  des  lynx  colorés  couvraient  les  membres  des spectateurs. Près  de  moi, quatre femmes enlevaient leurs manteaux de fourrure dans une chorégraphie  parfaite.  Je  me suis sentie perdue dans leur danse cruelle. J'avais  si  mal  au  coeur  que  je me suis précipitée dans le couloir pour respirer.
         
          Avant  de  partir,  j'ai  clamé fort à mon mari : "il faut que je parte, je suis  entourée  de  centaines  d'animaux qui ont été électrocutés à travers leurs  parties  génitales". Mes quatre voisines habillées de fourrure n'ont pas bronché.
         
          Les  nouveaux  porteurs de fourrure sont partout. Durant un récent voyage à New-York,  j'ai  remarqué  des piétons vêtus de peaux de bête, et cela quel que  soit  leur niveau social. A ma banque, j'ai vu un homme qui portait un long  vison  sur son jean, il avait l'air vraiment stupide. Et pourtant, ce retour  de  la fourrure n'est pas une simple erreur due à la mode, c'est un état d'esprit. Les consommateurs de l'après 9/11 septembre ont le sentiment d'avoir  tous les droits et en particulier de profiter pleinement du moment présent.  La  styliste  Nicole  Miller  a déclaré au magazine Fur World que l'attaque  terroriste  avait  procuré  aux  consommateurs  le besoin d'être rassurés.  Apparemment,  ces  fourrures  «  de  confort  »  sont le nouveau pacificateur de l'Amérique.
         
          «  Autrefois  cachées, les fourrures sont maintenant sorties des placards » écrit  Susan  Phinney dans le journal Seattle Post-Intelligencer. « L'année 2000 a été l'année de tous les records avec des ventes de 1,69 milliards de dollars  de fourrure. » a déclaré Keith Kaplan, directeur général du bureau d'information sur la fourrure au New-York Times.
         
          D'un autre côté, les enquêtes montrent que 72 % des consommateurs préfèrent la  fausse fourrure, 54 % pensent que les vêtements de fourrure ne sont pas socialement  « corrects » et 47% désapprouvent les magasins qui vendent des articles de fourrure.
         
          Les  porteurs  de fourrure devraient éprouver du remord en voyant un animal sauvage  dont  le  corps  tremblant est traversé par l'électricité. Mais la plupart  d'entre  eux refusent de reconnaître la véracité des films tournés dans  les  élevages  modernes  de  fourrure.  La  fourrure  est  un apparat politique  et  ceux  qui  la  portent  sont  déterminés  à  affronter leurs opposants.
         
          «  On  ne  peut  pas parler de fourrure sans parler des opposants » affirme Judie  Schwartz  dans  l'émission de radio Style Matters à Denver. Quand le mouvement anti-fourrure  a  pris de l'ampleur dans les années 80, les couturiers  ont  utilisé  de  la  fourrure  qui  ne ressemblait pas à de la fourrure véritable, en la teignant en orange fluo, rouge vif, vert pomme ou couleur  pastel.  Les couturiers rasent toujours la fourrure pour imiter le velours.  Ils doublent  discrètement l'intérieur des vestes, des écharpes, des  chapeaux,  des gants et des gilets. L'industrie de la fourrure profite des habitudes de consommation illogiques de nos concitoyens. Cependant,  un petit  peu moins de fourrure représente un petit peu moins de souffrance et de mort.
         
          Les  agences,  telles  la  Commission  de la Fourrure USA, font croire à un public  crédule  que  «  les animaux meurent vite et de façon humaine ». En fait,  aucune  loi  fédérale n'existe pour modérer ce massacre. Les élevages utilisent  les  moyens  les  moins  chers possibles pour récolter des peaux intactes.
         
          L'électrocution par voie anale est le mode principal d'extermination, comme l'a appris l'enquêteur Matt Rossell pendant son enquête clandestine dans un élevage  typique  de l'Illinois. Rossell qui avait caché une caméra dans sa ceinture  alors  qu'il  assistait  l'électrocution  de  500 renards par les parties  génitales,  tirant  chaque  animal  de la cage par le cou. Dan, le propriétaire  de la ferme, enfonçait une tige dans le rectum de l'animal et un  fil  métallique dans sa gorge. Dan, tout en rigolant, envoyait 240 watt d'électricité à travers le petit corps.
         
          «  Dans  une  électrocution  ratée,  les  renards  sont  abandonnés à leurs convulsions  jusqu'à  ce que Dan les reprenne et ré-enfonce la tige dans le pauvre animal recroquevillé de douleur. Et cela encore et encore jusqu'à ce que l'animal succombe à une attaque cardiaque » explique Rossell.
         
          Pour  les animaux de petite taille, la méthode bon marché est la suivante : le  tueur  attrape le cou de l'animal d'une main et la partie inférieure de l'autre,  puis il brise les vertèbres d'un coup sec. Un travailleur dans un élevage  de  Chinchilla  en  Californie  a  raconté  aux  enquêteurs  de l'organisation PETA que l'animal est parcouru de spasmes et qu'il donne des coups de pieds durant presque 5 minutes encore, après la rupture du cou.
         
          Certains  animaux  sont gazés au monoxyde de carbone obtenu à partir de gaz d'échappement  non  filtré.  Les visons, nageurs agiles capables de retenir leur  souffle pendant de longs moments, se réveillent souvent pendant qu'on les  écorche  vifs.  Les  pièges  sont  réservés  aux animaux sauvages dont l'élevage  est  impossible.  Ces  appareils se referment aussi bien sur les chiens,  les  chats,  les  daims et tout autre animal sans discrimination ; faisant entre 2 et 10 fois plus de victimes non ciblées.
         
          Un  animal  sur  quatre  attrapé  par ces pièges s'use les crocs jusqu'à la mâchoire  ou  se ronge la patte avec les crocs pour pouvoir s'échapper. Les trappeurs  écrasent  souvent  les  animaux  survivants  pour  les  achever. D'autres  les  assomment,  les noient, les étouffent, leur tirent dessus ou les étranglent.
         
          La  Commission  de  Fourrure  USA  prétend  que  « les élevages d'animaux à fourrure  sont  parmi  les  plus  consciencieux  du monde ». Cependant, des enquêtes révèlent des rangées d'animaux faisant les cent pas frénétiquement dans  des  cages  minuscules,  infectées d'urines et d'excréments. Certains animaux  périssent  de  déshydratation, de famine ou d'auto-mutilation. Les photographies  de  Rossell montrent des animaux qui se sont entredévorés et même,  un  renard  qui  avait  mâché  sa  patte  coincée pour se dégager et atteindre la nourriture.
         
          L'industrie  de la fourrure défend ce produit de consommation violent comme ressource  écologique.  «  En  nourrissant des carnivores domestiqués des « restes  »  de la production alimentaire destinée à l'homme « b?uf, poisson, produits laitiers, volailles », les éleveurs de fourrure réduisent l'impact environnemental  du  secteur  agro-alimentaire  »  affirme  la  Commission. L'utilisation,  par  le commerce de la fourrure, de restes de viandes et de produits  laitiers,  ne  fait que soutenir l'agriculture intensive moderne qui nourrit les animaux plutôt que les hommes. Dans le monde, le bétail est 5  fois  plus  nombreux  que la population humaine et ingurgite au moins la moitié  des  récoltes de céréales. Les aliments utilisés pour engraisser ce bétail pourrait nourrir des milliards de personnes appauvries.
         
          Est-ce  qu'une  société en mal de réconfort a vraiment besoin de porter des produits d'animaux torturés sur son dos ? Oleg Cassini, Todd Oldham, Calvin Klein,  Betsey  Johnson,  Bill  Blass,  Stella McCartney, Geoffrey Beene et d'autres célèbres stylistes anti-fourrure ne le pensent pas.
         
          De  plus, la fausse fourrure, c'est fabuleux. Si fabuleux que quand ma mère m'a donné une veste en fausse fourrure pour mon anniversaire, j'ai eu peur que les militants ne me prennent à partie. Les matières synthétiques ont la souplesse, le brillant et la chaleur de la fourrure sans être entachées par la cruauté et la mort.
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